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Communication au colloque Humaniser le travail social, Fribourg, 27 août 2025

  • erica2074
  • 1 oct. 2025
  • 5 min de lecture

Pouvoir d’agir et innovations organisationnelles en foyer d’accueil médicalisé et en foyer de vie. 

Partage de quelques observations, par Erica Lehmann


Communication faite au 2e Colloque international interdisciplinaire "Humaniser le travail social ? Des métiers en dilemmes et en (re)configurations" qui s’est tenu à la Haute école de travail social Fribourg (Suisse) du 27 au 29 août 2025. Cet événement organisé par le GIS Hybrida-IS, le domaine de travail social de la HES-SO et les quatre hautes écoles de travail social a rassemblé des expert·es des domaines social et médico-social pour échanger sur les transformations et les défis contemporains des métiers du travail social. J’ai eu l’opportunité d'y présenter les résultats d’une expérimentation lauréate de la CNSA, menée sur 18 mois dans 5 établissements accueillant des adultes dépendants de l’aide humaine dans tous les gestes de leur vie quotidienne, à laquelle j’ai participé en tant que consultante sur les enjeux managériaux du développement du pouvoir d’agir et sur la supervision de groupes d’analyse de pratiques professionnelles.


La question explorée par l’expérimentation :


Quelle organisation permettrait que des personnes très dépendantes pour tous les gestes de la vie quotidienne qui vivent en établissement médico-social - se sentent chez elles, - aient la possibilité d’influencer ou de réguler les éléments significatifs de leur vie- et ne se voient plus imposer les contraintes du fonctionnement institutionnel ?

=>  Introduire un petit changement et observer ce qui se passe


Trois étapes :

•       Expression d’un souhait de changement dans son accompagnement quotidien

•       opérationnalisation de la demande dans les meilleurs délais

•       Contrôle : le souhait est réalisé conformément à ce qui a été formulé


MAIS l’expression des personnes est inhibée par :

• La crainte de perdre la bienveillance des aidants à son égard

• La frustration de voir sa parole déformée

• La vexation de se voir traité de manière infantilisante

• Le découragement en réalisant l’énergie à déployer si son envie ne s’inscrit pas dans la routine habituelle

• La peur des représailles

• Le manque d’interlocuteur de confiance

• L’absence de caisse de résonnance

• L’intériorisation des contraintes même quand on sait les dénoncer (la vie collective, etc.)


Il a donc été nécessaire de :

•       Créer un espace de parole sécurisant : Un groupe de 4/5 personnes par établissement une fois par mois

•       Diligenter une intervenante extérieure, militante de la cause, intégrée à l’équipe-projet et sans lien avec les donneurs d’ordre au niveau de l’établissement (pas d’enjeu à protéger l’organisation institutionnelle) pour animer le groupe.

•       Former une facilitatrice, professionnelle dédiée au soutien de l’expression des personnes pendant et entre les réunions du groupe et qui les aide à maintenir leur niveau d’exigence sur la solution apportée à leur demande d’action


Ont été observées des résistances :

•       Les familles ne sont ni frein, ni moteur. Plutôt du côté de l’infantilisation et de la médicalisation de l’accompagnement. Font coalition avec le personnel.

•       Le personnel critique le rôle de la facilitatrice et affirme que ce qu’elle fait « on le fait déjà »


Ont été observés des enthousiasmes :

·       Adhésion des personnes

·       Épanouissement des facilitatrices (cf. communication faite à Marseille le 04/04/25)  


Exemples de demandes (les prénoms ont été changés) :

•       Hubert a 75 ans. Il demande à aller sans accompagnant au café, ce qu’il n’a jamais fait auparavant.

•       Sonia a 26 ans, elle souhaite manger seule dans sa chambre quand elle le désire.

•       Simon a 32 ans. Il demande à assister aux réunions de transmission du personnel.


Opérationnalisation des demandes :

•       Tentatives de déformation

Hubert : Pour sa sécurité (« c’est à deux kilomètres du foyer », « la route est dangereuse pour y aller ») et son comportement (« il peut s’énerver », « il ne sait pas gérer son argent ») les professionnels proposent de l’accompagner en voiture, de rester avec lui, de donner le numéro du foyer au café…

Sonia : Par peur de voir se dégrader sa santé mentale, on ne lui propose que 2 repas dans sa chambre par semaine.

Simon : On lui oppose une fin de non-recevoir par souci de confidentialité.

•       Temps de réaction très long

•       Délégation de la fabrication des fiches-actions voire oubli pendant des mois… bien que les directions d’établissement affirment leur adhésion de principe au projet, elles sont happées par la logistique de gestion (fournisseurs, plan bleu, etc.).


Contrôle des solutions à la fin de l’expérimentation :


• Hubert : un professionnel est joignable s’il l’appelle pour venir le chercher. Il dépense son argent comme il le souhaite. Il va au café tous les 15 jours et  y déjeune seul à midi quand il le souhaite. Il a une carte de retrait depuis quelques mois (pour le moment cependant confiée à un professionnel-référent) et il peut (mais seulement avec ce référent ou un éducateur spécialisé) retirer des espèces. « Je peux disposer d’une somme plus importante que les 50 euros (l’argent de poche distribué par la direction) ». Si le référent n’est pas là, Hubert n’a pas accès à son argent. Donc il a toujours cinq euros dans son portefeuille.


• Sonia : tous ses repas sont organisés dans sa chambre. Lorsqu’elle veut manger en salle commune, elle le fait savoir et n'a plus de remarques des professionnels (type « mais viens donc manger en salle avec nous »  ou des reproches sur l’alourdissement de la logistique, le manque d’effectif, l’augmentation de la charge de travail, le temps perdu, les risques de désocialisation, l’importance de la vie collective, etc.).


• Simon : il assiste aux réunions de transmission lorsque son cas est évoqué (s’il a un évènement particulier de prévu, s’il a un problème de santé, etc.). Il a le projet d’apprendre à animer des groupes de paroles avec les autres résidents pour discuter de toutes les questions qui touchent leur vie quotidienne.


Quelques retours d’expérience :


Hubert :

" C’est très bien, je peux faire plus de choses et je vais en faire encore plus !

Tel que tout se passe maintenant, je suis très contente de pouvoir agir sur ma vie." 


Sonia :

" Un an après je me demande pourquoi ce projet n'existait pas avant.

 Je trouve que le projet est essentiel, il donne plus de pouvoir aux résidents et permet d'avoir plus confiance en soi, plus de détermination et d'affirmation.

 Aujourd'hui, je ne rencontre pas de difficultés, car j’ai appris à dire non et à m'affirmer, alors qu'auparavant je me sentais un peu obligée d'accepter par peur de ce que les professionnels allaient penser ou dire de moi."


Simon :

" Je me sens rassuré de savoir ce qu’on dit de moi

Je me sens plus adulte "


En conclusion provisoire :

•       Un petit groupe de parole mensuel est maintenu avec comme animateur un membre du siège de l’association

•       Le métier de facilitatrice est pérennisé sur le budget des établissements

•       Des pistes pour créer les conditions d’organisation qui amènent les professionnels à recueillir les besoins et demandes des personnes et à passer à une logique servicielle :

•       Plus de réunion de transmission d’informations sur les personnes sans qu’elles soient présentes

•       Plus de réunion sur leur projet personnalisé sans elles


Et à l’avenir ?


Repenser les espaces de travail : plus de bureaux, qui institutionnalisent le travail d’accompagnement ?

 
 
 

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